Agnes
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Un blog rank dans les chaussettes. Comme le moral. Le blog rank est un indice de votre blog ou de votre site. S’il est régulièrement consulté, approvisionné, l’indice est bon. Sinon c’est la crise financière et un indice qui dévisse aussi vite que le CAC 40… Et voilà que je me retrouve à écrire à nouveau et à retrouver avec bonheur cet « uluru », nom aborigène du célèbre monolithe « Ayers Rock » où nous ne sommes finalement pas allés. Mais si je reviens sur cette page ce n’est pas pour une simple question de statistiques mais bien pour vous dire, une nouvelle fois, que ce monde n’est pas très grand. Et qu’il nous appartient.
Voici quelques jours maintenant, sont arrivés à Avignon Christelle et Jérémie. Et ils sont arrivés à vélo. Nous sommes fin octobre et la météo est chancelante. C’est déjà un exploit surtout qu’ils sont partis de… Bretagne. Et qu’entre les deux ils ont fait le tour du monde. Et on a la preuve les amis.
Nous les avions rencontrés, fin janvier, tout au sud de l’Australie, à Salt Creek, quelque part entre la Great Ocean Road et Adélaïde (voir article : Voyage ou vacances ?). Nous nous étions arrêtés au crépuscule alors que les kangourous commençaient à devenir un peu trop nombreux sur le bord de la route… et nous étions tombés sur une sorte de camping à la ferme désert hormis un couple néerlandais et une tente dont les occupants dormaient déjà et d’où l’on pouvait voir sortir le bas de roues de vélos. Ce n’est que le lendemain, au petit-déjeuner, que les filles se sont aperçues que les cyclistes étaient Français. Et nous avons commencé à discuter. Ils sont partis avant nous. Du coup, puisqu’ils allaient dans la même direction, nous les avons doublés un peu plus loin et ils nous ont rattrapés (on fait des kilomètres à vélo) dans la première petite ville où nous attendait le fameux barbecue australien public et gratuit. Evidemment nous avons mangé ensemble. J’ai ajouté leur site web dans les liens de cette page et nous avons échangé quelque emails. J’ai lu leur longue et pénible ascension d’un col dans une république perdue au sud de la Russie et voilà que nous avons reçu un email il y a quelques jours, ils étaient en Suisse et comptaient passer par Avignon. Dans ce mail, Jérémie disait qu’il avait pensé à moi quand j’écoutais du ACDC sur une longue route australienne, en Autriche il avait, lui, envie d’écouter du André Rieu…
Quelques jours plus tard, en arrivant à Avignon, de Lyon où j'ai repris le travail, je les ai trouvés à la maison. Ca faisait vraiment bizarre. Ils étaient là, en pleine forme, 39 736 kilomètres plus loin à la force du jarret. Comme quoi c’est possible. Ils sont restés deux jours avant de repartir vers Vitré, leur ligne d’arrivée finale qu’ils comptent franchir le 9 novembre. Le temps de se reposer avant cette dernière ligne pas tout à fait droite qui doit passer par le sud avant de remonter…
Nous avons passés de bon moment à évoquer souvenir et à parler aussi du quotidien de ceux qui sont rentrés. Et en sortant un soir, Jérémie, tombant devant une publicité, me demande qui s’est ce type dont on voit la tête partout. Il s’agissait de... Sébastien Chabal l’icône tricolore du rugby à XV. Forcément Jérémie et Christelle ont commencé leur tour du monde en août 2006…
Philippe
Voilà, c'est fini. Nous sommes à l'aéroport de Sydney. Nous allons faire un bon de plus de 17 000 kilomètres jusqu'à Londres via Singapour puis changement d'aéroport à Londres et dernier saut de puce jusqu'à Marseille.
On aura parcouru 33 000 kilomètres en 284 jours circumnavigation, rencontré des centaines de personnes, trouvé des dizaines d'amis et quelques très bons copains, visité sept états, brûlé 3840 litres d'essence, usé deux trains de pneus, fait trois révisions, évité deux serpents venimeux, et deux pythons, approché cinq baleines à bosse, et deux rorquals, plongé sur quatre épaves, vu 2853 kangourous (vivants) et 13218 kangourous (morts), admiré une bonne centaine de couchers de soleil (toujours à l'ouest mais pas toujours sur la mer), trempé dans trois océans et trois mers différentes, et navigué 98 fois sur notre fidèle petit zodiac "le naturaliste".
La froideur des chiffres ?
Philippe
12 septembre 2008. 16h. La boucle est bouclée
Le compte à rebours a été amorcé dès la sortie de Brisbane : "Sydney 964". Il nous restait près de 1000 kilomètres à faire en deux ou trois jours. Encore un arrêt à Byron Bay pour retrouver Chloé
(une Puy-en-Velette, c'est plus joli que Ponote ou Podote ou que sais-je encore, bref une payse) et son ami PJ, Pierre-Jean, pas police judiciaire. Les deux viennent en fait de
Saint-Julien-Chapteuil. Nous avions rencontré Chloé à Cairns et entre temps elle a rejoint son ami dans cette jolie station-balnéaire. Un dernier stop sur la mer de Corail dans ce paradis du surf
où PJ m'a prêté son long board pour un essai. L'eau était à 19°, et oui forcément on descend vers le sud alors la température est orientée à la baisse même si le printemps s'annonce. Donc une eau
pas très chaude mais le gros avantage du surf, surtout quand on est méga débutant et pas forcément doué, c'est qu'on a vite chaud. Mon voisin de vague, à l'accent allemand et un peu plus
débrouillé que moi, m'a juste avoué entre deux breaks (je ne pensais pas écrire un jour ce bout de phrase) : "It's a difficult sport". Yes it is a very difficile sport.
Une agréable parenthèse à Byron Bay dans cette conclusion de circumnavigation. Nous étions déjà en Nouvelle-Galles du Sud. Capitale Sydney. Avec, en toile de fond, l'opéra en lieu et place de la
cathédrale de Saint-Jacques-de Compostelle.
Il faut reprendre la route. Etrange sentiment. On roule comme si ça ne devait jamais s'arrêter, comme nous l'avons fait depuis le 5 décembre 2007, et les panneaux, les sales indics, nous ramènent à la cruelle réalité. Sydney passe ainsi sous la barre des 500, puis des 400, 300... je calcule notre moyenne. La route est devenue autoroute (sans les péages). Les voitures se sont européannisées, finis les gros 4x4 Toyota et Nissan qui faisaient la loi dans la lointaine Australie occidentale où les rudes Territoires du nord. Même les tout- terrains se sont civilisés. On se croirait à l'orée d'une grande ville européenne. Je roule beaucoup plus vite que ces derniers mois. C'est vrai nous avons fait le tour d'un pays quatorze fois plus grand que la France à la vitesse moyenne de... 90 kilomètres heures quand les limites nous défiaient avec leur 110 km/h. Sans parler des road-trains qui nous doublaient à 120... Et voilà que sentant peut-être l'écurie je suis le flot du trafic avec un bon 110. Il nous reste moins de 100 kilomètres à parcourir. Juliette, une des meilleures navigatrices dans le monde des papas pilotes... s'empare de la carte routière du "Grand Sydney et ses banlieues". Petit moment d'émotion en découvrant au loin les tours de la City. C'est simple la géographie. On était parti plein sud avec la City dans le dos et on revient toujours plein sud mais avec cette même City en ligne de mire. On avait la preuve devant les yeux. On avait fait le tour. La grande boucle. On aurait pu se contenter d'une petite virée par les Blue Montains ce qui nous aurait pris une paire de jours, mais non, on a choisi l'option Broome. Option à plus de 30 000 kilomètres.
Voilà les derniers tours de roue sur la Pacific Highway, cette route numéro 1 que nous avons constamment, ou presque, suivie. Il nous faut la quitter pour rejoindre les quartiers nord (rien à voir avec Marseille, tout l'inverse) où nous devons retrouver nos amis Craig et Victoria. On déniche leur maison sans même avoir à faire un demi-tour. Ca y est. Frein à main. Point mort. Je coupe le contact... avec la magie du voyage pratiquement sans fin. Nous voici dans la réalité. Vendre le van et quelques autres choses. Solder notre "nomadisme". Prendre l'avion. Retour.
Philippe
Difficile de ne pas trouver un superlatif en Australie. Au hasard d'un séjour vous pourrez tomber sur "la plage dont le sable est le plus bland du monde" ou encore "la plus grande
mangue (en ciment) du monde" voire "la plus longue jetée au monde qui permet de charger du sucre sur les cargos"... Sur la côte est, Fraser Island n'échappe pas à la règle. Elle est
présentée comme la plus grande île de sable du monde et on est sûr d'y trouver, entre autres, "le plus haut lac dunaire d'eau douce du monde...". Comme si toute cette réclame était
nécessaire ! L'endroit nous avez été conseillé par de nombreuses personnes et il s'agit bien d'un incontournable australien.
Seulement voilà, cette île se mérite, et uniquement en 4x4. L'étude de marché se fait auprès des loueurs de Harvey bay. De toute façon il pleuvait, il faisait froid, un temps gris... à se demander si on allait vraiment faire le déplacement. Passage donc obligé ou presque à l'office de tourisme. Des gens sympathiques mais un peu commerçants. Ils nous vantent les mérites de leurs 17 campings (nous qui sommes devenus adeptes inconditionnels du free camping) et ils nous prévendent le tour accompagné : "vous savez la conduite sur l'île est difficile, vous ne verrez rien en restant concentré sur la piste et ses dangers, il vaut mieux louer un véhicule avec chauffeur". Comme si nous allions laisser à un autre le plaisir de conduire sur des pistes défoncées et cette plage mythique qui s'étend sur des dizaines de kilomètres... Finalement ils appellent pour nous plusieurs numéros que nous avons trouvés sur les brochures et chaque fois la même réponse : "il leur reste une voiture pour demain".
Nous nous décidons pour les moins chers : Frasermagic. Et là nous tombons sur un très sympathique suisse allemand (qui parle très bien français) et qui est tout à fait prêt, pour le même prix, à nous surclasser "car le marché un peu calme en ce moment". Il nous propose un land rover Discovery en lieu et place d'un Defender 110. Pas question ! Nous tenterons l'aventure avec le mythe de la piste ce bon vieux land 110. "Je vois, vous préférez les tracteurs" remarque le loueur...
"Tope là, ou bien" (je n'ai pas pu m'en empécher... surtout qu'il ne l'a pas dit), reste à organiser notre parcours sur l'île. La marée haute (à la mi-journée) n'était pas avec nous. Pas question de rouler sur la plage avec les hautes eaux. D'abord parce que ce n'est pas drôle, il ne reste en effet qu'une bande de sable mou et ensuite parce qu'on prend toujours le risque de rouler dans l'eau salée et que ça nous est strictement interdit par le loueur. S'en est suivi un savant calcul entre les horaires du ferry, le temps qu'il nous faudrait pour traverser l'île, et ainsi rejoindre la côte, et les quelques kilomètres de plages à faire avant la marée haute pour rejoindre une route qui nous permettra de découvrir les forêts de gigantesques eucalyptus du centre de l'île.
A quelques minutes près c'était jouable, à condition de se lever tôt et de prendre le premier ferry. On décide de dormir à l'entrée du loueur. Ce qu'il accepte sans problème, voici comment on se retrouve dans une zone industrielle, sous la pluie. Et bien l'endroit était excessivement calme et nous avons été réveillé par des chants d'oiseaux encore inédits pour nos oreilles. Je suis sûr que c'était mieux que les campings du bord de mer.
Le transvasement de notre matériel de camping est rapide. Derniers conseils et avis du style "doucement sur l'embrayage" et "avec la pluie ce sera plus facile" et nous voilà sur le ferry.
Nous débarquons à Kingfisher Bay. Quelques mètres de route et il faut tout de suite attaquer par une sévère montée défoncée. Ca passe sur le couple en seconde rapide. Un Discovery plus lent nous laisse passer. Nous fonçons (à 15km/h de moyenne) vers la côte est. La piste, encaissée, n'a qu'une seule voie. Nous ne croiserons pratiquement personne. Et c'est tant mieux.
L'arrivée sur la plage est grandiose. On tombe dessus au dernier moment tant la forêt est dense et la piste étroite. Sous un ciel encore gris, la mer est déchaînée... inquiétante. Les rouleaux viennent mourir très haut sur la plage. A se demander si nous n'avons pas pris du retard sur la marée. Pourtant non, nous sommes juste dans les temps... avec 15 minutes à peine de battement. Pas beaucoup pour changer une roue. Ceci dit au pire des cas avec notre tracteur on grimpe sur une dune (je sais ce n'est pas bien) et on attend 4 heures. Le temps que la marée basse soit bien amorcée... Ce serait dommage d'attendre là alors que nous n'avons que deux jours et très envie d'en voir le plus possible. Nous arrivons enfin dans un tout petit village. Point de départ d'une route qui part à l'intérieur de l'île. La tension redescend d'un cran. Nous prenons notre temps avant de nous engager sur cette piste. Elle serpente dans une forêt dont les arbres deviennent immenses. Dépaysement total. Personne, évidemment sauf... un groupe qui vient de descendre d'un bus, en fait une base de camion 4x4 transformée en car avec tout le confort. Nous croiserons aussi, un peu plus loin un dingo.
Ce sont les stars de l'île, la crainte aussi... Une affaire a défrayé la chronique avec un enfant de 11 ans qui a été tué par ces animaux en 2001. Quelques années auparavant une affaire similaire s'était déroulée dans les grandes étendues désertiques du centre de l'Australie. Un bébé avait disparu alors que la famille campait. Sa mère avait été accusée d'assassinat. Pour sa défense elle soutenait que les dingos avaient emporté son enfant. Et personne ne l'avait crue. L'affaire est devenu un film avec Meryl Streep. En temps normal les dingos ne présentent aucun danger. Hormis sur Fraser où ils seraient devenus plus agressifs aux contacts des hommes qui les ont trop souvent nourris. Du coup certains sites comme le camping où nous avons dormi ressemblent avec ses grilles et ses portails à un camp de soldats occidentaux en Afghanistan...
Après avoir fait le détour pour jeter un oeil sur la côte ouest et découvrir des baleines à bosses que nous n'avons pas vues mais où nous avons trouvé une bande de copains kayakistes partis pour un raid de plusieurs jours nous avons traversé à nouveau l'île pour rejoindre sa plage mythique de la côte est. La marée était descendante et ce fut un pur bonheur de rouler sur le sable dur. Comme si je me retrouvais sur le lac Rose lors d'une des premières éditions du Dakar, à l'époque où ce n'était pas ringard de rejoindre Paris et la capitale sénégalaise en 500XT préparée.
La conduite n'est pas de tout repos pour autant. Cette île est parcourue de nombreux cours d'eau qui entaillent le sable de la plage à marée basse. On appelle ça un "washout". Et cela peut se transformer en une marche de près d'un mètre de haut. Tremplin garanti. J'ai entendu parler d'un Toyota Troopy qui a fait un joli bond d'une dizaine de mètres... sans trop de casse. Hormis ces pièges, cette plage a aussi ses propres monuments parmi eux l'épave du Mahéno. Il s'agit d'un paquebot qui était promis à la casse. Dans les années 30, alors qu'il était en remorque jusqu'au Japon (lequel, en train de préparer la guerre, récupérait une maximum de féraille) la navire se trouve en pleine tempête. Remorque brisée, il dérive vers l'île et s'échoue sur le sable. Il y est toujours. Enfin ce qu'il en reste. Il n'empèche, sous ce soleil couchant les tôles rouillées révèlent une partie de leur mystère. L'île doit son nom à une autre épave ou plutôt au capitaine d'une autre épave, M. Fraser. Son navire s'était échoué au nord de l'île. Il rejoint avec son équipage, et sa femme qui voyage avec lui, cette île qu'on appelle encore l'Ile de Sable. Ensuite les versions divergent. Pour les uns ils auraient été capturés et réduits à l'état d'esclaves par les aborigènes, pour les autres ils auraient été aidés par ces mêmes aborigènes. Toujours est-il que le capitaine en question moura et que sa femme sera récupérée par une expédition de sauvetage de l'équipage.
Le soir nous campons dans un de ces camps fortifiés gérés par le parc national. Nous y retrouverons par hasard Geoff et Edwige rencontrés quelques semaines plus tôt à Cairns. Le lendemain matin on essaye de ne pas trop traîner pour se mettre en route. Toujours pour une question de marée. Nous voulons aller au nord de l'île, voir des piscines naturelles dans le rocher. L'eau est encore basse. La piste sur le sable dur a des allures de tarmac d'aéroport international. La mer est toujours autant secouée. Il fait un beau. Le diesel du land rover ronronne. Le bonheur est là.
Le retour sera plus stressé. Nous avons prévu large mais il nous faudra bien cette marge supplémentaire. Déjà certaines vagues remontent très haut. Nous longeons des falaises d'ocres qui rappellent les couleurs très provençales de Rustrel ou de Roussillon...
A une quinzaine de minutes près nous rejoignons la route qui va nous permettre de traverser à nouveau l'île vers le ferry et surtout de découvrir les fameux lacs dunaires de Mac Enzie et Wabbie.
Fin de Fraser Island. Nous aurons parcouru 250 kilomètres de piste sur cette île. Je me prends à rêver d'autres routes, peut-être africaines. Je pense à Dominique Strazzaco qui parlait de la longue plage de Mauritanie près du Banc d'Arguin sur lequel s'était échoué la Méduse. D'autres voyages. Encore et toujours.
Philippe
Connaissez vous en anglais le mot "steep" ? C'est bizarre l'apprentissage d'une langue. Les mots par exemple et bien ils se rangent en catégories. Des catégories qui varient en fonction des étudiants en langue. On a les mots "faciles" ceux qui s'inscrivent une bonne fois pour toute dans un coin du cerveau et qui sont toujours prêts et disponibles, on a les "récalcitrants" ceux qu'on doit toujours vérifier dans le dictionnaire, on ne sait pas pourquoi, ceux là, ils ne s'impriment pas... et puis les mots "qui disent vaguement quelque chose". Comme steep, en tout cas dans le mien, de cas.
C'est au centre d'information de la petite ville de Cooktown que le mot me rattrape. Il est prononcé par la jeune femme qui tient le centre et à qui nous avons demandé l'état de la piste qui doit nous ramener vers Cape Tribulation et ensuite Cairns.
Donc "steep", euh... pentu ? Oui c'est ça. Mais "steep comment" ? Et là, elle a ce que j'appelle une bonne idée : "montez au phare qui surplombe la ville et celà vous donnera une idée de la piste".
Cooktown est la dernière ville de ce nom avant d'aborder la piste qui conduit jusqu'à Cape York, c'est la pointe tout en haut de l'Australie, en haut à gauche sur la carte. Jusqu'à il y a très peu d'années on ne pouvait atteindre Cooktown que par la piste. Elle a entièrement été goudronnée et il ne faut plus que quelques heures pour la rejoindre. C'est ce que nous avons fait, avec dans la tête l'idée de rentrer par la piste qui longe la mer. En plus le chemin est beaucoup plus court et cela nous permettait de revoir cette région où la forêt tropicale rencontre la mer de Corail. Trop tentant tout ceci. Seulement voilà, un peu comme pour Cape Leveque, à l'autre bout de l'Australie, les cartes routières étaient sans appel : "4x4 recommandé" voire "uniquement pour 4x4"... D'où la vérification. Et c'est vrai que c'était raide pour grimper jusqu'au petit phare, mais nous l'avons fait en patinant... à peine.
Captain Cook
De là haut, nous avons eu une belle vue sur ce coin découvert par le capitaine Cook en 1770. Pas vraiment une croisière de luxe pour le capitaine de l'Endeavour. Il était parti d'Angleterre sous couvert d'une expédition astronomique visant à étudier le transit de Vénus. En fait il devait aussi prendre possession pour la couronne britannique de cette Terra Australis. En remontant le long des côtes australiennes l'Endeavour talonne sur un récif de la Grande Barrière de Corail. Le navire mouillera à l'abri, dans l'embouchure d'une rivière, pendant sept semaines, le temps de réparer les dégats. Cook en profitera pour grimper en haut de la colline (celle-là même où nous avons fait nos essais...) pour trouver un passage de sortie au milieu de toutes ces patates coraliennes.
Nous ne sommes restés que très peu de temps à Cooktown, l'appel de la piste peut-être, un piste aussi inquiétante qu'attirante. Promis, la prochaine fois (en bateau, qui sait ?) nous prendrons plus de temps j'irai alors voir une ancre de l'Endeavour au musée de cette petite ville.
Une fois passées d'étonnantes et noires formations géologiques nous quittons le confort du bitume pour retrouver celui d'une belle piste damée et tout juste arrosée. En fait, le plus gros problème de ces pistes c'est la poussière. Elle s'insinue partout. Dès les premiers hectomètres on a son goût âcre dans la gorge. L'habitacle du van semble normal, pas de poussière en vue et pourtant c'est comme si on se trouvait à l'extérieur dans ce nuage qui vire en Australie entre le blanc et le rouge. Cette fois-ci nous avons suivi sans jamais le voir un camion qui déversait de l'eau sur la route, décidemment une délicate attention pour les passagers et la mécanique des voitures. Le soir tombe déjà, pas question de rajouter une difficulté supplémentaire. Arrêt à Home Rule. On quitte la piste principale pour une autre beaucoup plus cahotique et modeste. Nous tombons sur une ferme qui a aménagé un camping (le camping à la ferme quoi). Je dérange les propriétaires, un couple déjà âgé absorbé par la retransmission des Jeux Olympiques. Notre hôte me parle de la principale attraction du lieu : une marche d'une heure à la découverte de chûtes d'eau. La journée du lendemain commence donc par une randonnée en forêt tropicale humide sur un sentier escarpé. Et le déplacement en valait la peine. Personne, évidemment, et des cascades d'eau fraîche (très fraîche) pour notre seule jouissance. Mais la piste est en nous et nous avalons sans difficulté la première moitié de ces 100 kilomètres qui doivent nous conduire jusqu'à Cape Tribulation. Nous passons à côté de la communauté aborigène de Wujal Wujal. Elle nous est interdite pour la simple et bonne raison que nous avons de l'alcool dans nos vans. Nous pourrions passer pour des revendeurs dans cette communauté dite "sèche" et l'amende est assez salée. Nous nous arrêtons près d'une rivière pour tenter notre chance à la pêche, sans succès. La route longe cette rivière qui est en fait un estuaire où flottent quelques voiliers qui attendent que le coup de vent sur la mer de Corail se calme un peu. Y-a-t'il meilleur endroit sur terre pour mouiller ?
"Ne t'arrête pas !"
Cette fois-ci l'enfer a succédé au paradis. En terme de royaume de lucifer il faut entendre une montée très très steep... un peu plus que celle du phare de Cooktown... Tout le monde est descendu pour alléger la charge et pourtant le Volskswagen peine. J'oublie vite la seconde pour la première et en dépit de la souplesse du moteur il est parfois difficile d'accrocher. Je préfère ne pas penser au désastre qui suivrait immanquablement un arrêt en plein milieu. J'arrive enfin en haut de ce qui m'a semblé une très longue côte. Je redescends à pied pour donner quelques conseils à mon frère. En fait ça se limite à : "Ne t'arrête pas !". Et il ne s'est pas arrêté. Nous aurions évidemment toujours pu faire machine arrière et 250km de plus. Mais après ce passage c'est comme si nous avions décidé, tacitement, que rien ne pouvait nous arrêter. A trois reprises nous avons dû affronter les lois de la gravité universelle (dans le sens de la montée) avant d'arriver finalement sur une plage. Nous savons alors que les difficultés sont derrière nous. Enfin nous le pensions. Il ne nous restait plus que quelques kilomètres (une demi douzaine tout au plus) quand nous sommes tombés sur Imagen Creek. Une petite rivière de rien du tout. Mon frère roulait devant. Je suis donc tombé sur la scène suivante en découvrant la rivière : de l'autre côté, beaucoup de monde, en fait tous ceux qui prenant la piste dans l'autre sens n'oseront pas aller plus loin et au beau milieu du cours d'eau mon frère et son van Toyota, bloqué et moteur tournant, avec des "ploc, ploc, ploc..." qui sortent du pôt d'échappement. Pendant une bonne vingtaine de minutes nous sommes devenus l'attraction locale. On a remué les galets, poussé, tiré... Rien n'y faisait. Aucun progrès si ce n'est vers le bas avec les galets qui dégagaient sous les roues.... Saloperie de propulsion japonaise ! La garde au sol sous le bas de caisse ne se limitait plus qu'à quelques centimètres pendant que les gros 4x4 s'accumulaient de part et d'autre du cours d'eau. J'imaginais leurs commentaires "Bloody tourists à tenter la piste de cooktown avec leur deux vans deux roues motrices". Et voilà qu'un miracle se produisit. En fait deux. Le premier sous la forme d'un casoar qui indifférent à l'agitation est apparu sur la berge avec ses poussins (en trois fois dans ce coin de Cape Tribulation c'est la première fois qu'on voyait un de ces animaux aussi rare que discret) et le deuxième (miracle) c'est un Australien qui arrive avec une corde pour nous tirer de là. Agenouillé dans l'eau à la recherche d'un point d'ancrage je n'ai pas eu le temps de faire des photos des ces si discrets et emblématiques oiseaux...
Finalement nous avons tracté le van en arrière. Seule possibilité. Il nous faut donc retenter la traversée. Cette fois un peu plus sur la gauche, un peu plus vite aussi (mais pas trop). Les spectateurs ont-ils parié sur nos chances de réussite ? En tout cas les pessimistes ont perdu...
Nous avons fêté la réussite de ce périple audacieux au pub de Cape Trib avant de reprendre notre route, cette fois sur le bitume, en slalomant entre des pythons nonchalants (mais pas toujours, un s'est montré très agressif) qui traversaient devant nous. L'aventure continuait.
Philippe
Si ça intéresse quelqu'un voici l'adresse de l'annonce :
http://sydney.gumtree.com.au/c-ViewAd?AdId=71943993&mpname=Conf-Ad-Total&mpuid=3000009%3B18323%3B71943993%3B22703695%3B%3B&secev=AQAAARwYokYAAM0AAAABACIxMWMyNjU1OTc5NS5hMGU2NTYyLjIzZWEyLmZmZmY2YmYwAAAAAQAAAAAEScc5AQAAAAUAAAAARIubgNRh9%2BIROXxn4qeQWPnbnDC9sAaX&MessageId=MSG.VIEW_AD.AD_ACTIVATEDMXAdIdMZ71943993MXGuidMZ11c26550-3ec0-a0e6-5483-68a3ffff7d55&wmid=71943993
oui je sais c'est long.
Philippe
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