Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /Sep /2008 03:37



Difficile de ne pas trouver un superlatif en Australie. Au hasard d'un séjour vous pourrez tomber sur "la plage dont le sable est le plus bland du monde" ou encore "la plus grande mangue (en ciment) du monde" voire "la plus longue jetée au monde qui permet de charger du sucre sur les cargos"... Sur la côte est, Fraser Island n'échappe pas à la règle. Elle est présentée comme la plus grande île de sable du monde et on est sûr d'y trouver, entre autres, "le plus haut lac dunaire d'eau douce du monde...". Comme si toute cette réclame était nécessaire ! L'endroit nous avez été conseillé par de nombreuses personnes et il s'agit bien d'un incontournable australien.

Seulement voilà, cette île se mérite, et uniquement en 4x4. L'étude de marché se fait auprès des loueurs de Harvey bay. De toute façon il pleuvait, il faisait froid, un temps gris... à se demander si on allait vraiment faire le déplacement. Passage donc obligé ou presque à l'office de tourisme. Des gens sympathiques mais un peu commerçants. Ils nous vantent les mérites de leurs 17 campings (nous qui sommes devenus adeptes inconditionnels du free camping) et ils nous prévendent le tour accompagné : "vous savez la conduite sur l'île est difficile, vous ne verrez rien en restant concentré sur la piste et ses dangers, il vaut mieux louer un véhicule avec chauffeur". Comme si nous allions laisser à un autre le plaisir de conduire sur des pistes défoncées et cette plage mythique qui s'étend sur des dizaines de kilomètres... Finalement ils appellent pour nous plusieurs numéros que nous avons trouvés sur les brochures et chaque fois la même réponse : "il leur reste une voiture pour demain".

Nous nous décidons pour les moins chers : Frasermagic. Et là nous tombons sur un très sympathique suisse allemand (qui parle très bien français) et qui est tout à fait prêt, pour le même prix, à nous surclasser "car le marché un peu calme en ce moment". Il nous propose un land rover Discovery en lieu et place d'un Defender 110. Pas question ! Nous tenterons l'aventure avec le mythe de la piste ce bon vieux land 110. "Je vois, vous préférez les tracteurs" remarque le loueur...

"Tope là, ou bien" (je n'ai pas pu m'en empécher... surtout qu'il ne l'a pas dit), reste à organiser notre parcours sur l'île. La marée haute (à la mi-journée) n'était pas avec nous. Pas question de rouler sur la plage avec les hautes eaux. D'abord parce que ce n'est pas drôle, il ne reste en effet qu'une bande de sable mou et ensuite parce qu'on prend toujours le risque de rouler dans l'eau salée et que ça nous est strictement interdit par le loueur. S'en est suivi un savant calcul entre les horaires du ferry, le temps qu'il nous faudrait pour traverser l'île, et ainsi rejoindre la côte, et les quelques kilomètres de plages à faire avant la marée haute pour rejoindre une route qui nous permettra de découvrir les forêts de gigantesques eucalyptus du centre de l'île.

A quelques minutes près c'était jouable, à condition de se lever tôt et de prendre le premier ferry. On décide de dormir à l'entrée du loueur. Ce qu'il accepte sans problème, voici comment on se retrouve dans une zone industrielle, sous la pluie. Et bien l'endroit était excessivement calme et nous avons été réveillé par des chants d'oiseaux encore inédits pour nos oreilles. Je suis sûr que c'était mieux que les campings du bord de mer.

Le transvasement de notre matériel de camping est rapide. Derniers conseils et avis du style "doucement sur l'embrayage" et "avec la pluie ce sera plus facile" et nous voilà sur le ferry.

Nous débarquons à Kingfisher Bay. Quelques mètres de route et il faut tout de suite attaquer par une sévère montée défoncée. Ca passe sur le couple en seconde rapide. Un Discovery plus lent nous laisse passer. Nous fonçons (à 15km/h de moyenne) vers la côte est. La piste, encaissée, n'a qu'une seule voie. Nous ne croiserons pratiquement personne. Et c'est tant mieux.

L'arrivée sur la plage est grandiose. On tombe dessus au dernier moment tant la forêt est dense et la piste étroite. Sous un ciel encore gris, la mer est déchaînée... inquiétante. Les rouleaux viennent mourir très haut sur la plage. A se demander si nous n'avons pas pris du retard sur la marée. Pourtant non, nous sommes juste dans les temps... avec 15 minutes à peine de battement. Pas beaucoup pour changer une roue. Ceci dit au pire des cas avec notre tracteur on grimpe sur une dune (je sais ce n'est pas bien) et on attend 4 heures. Le temps que la marée basse soit bien amorcée... Ce serait dommage d'attendre là alors que nous n'avons que deux jours et très envie d'en voir le plus possible. Nous arrivons enfin dans un tout petit village. Point de départ d'une route qui part à l'intérieur de l'île. La tension redescend d'un cran. Nous prenons notre temps avant de nous engager sur cette piste. Elle serpente dans une forêt dont les arbres deviennent immenses. Dépaysement total. Personne, évidemment sauf... un groupe qui vient de descendre d'un bus, en fait une base de camion 4x4 transformée en car avec tout le confort. Nous croiserons aussi, un peu plus loin un dingo.

Ce sont les stars de l'île, la crainte aussi... Une affaire a défrayé la chronique avec un enfant de 11 ans qui a été tué par ces animaux en 2001. Quelques années auparavant une affaire similaire s'était déroulée dans les grandes étendues désertiques du centre de l'Australie. Un bébé avait disparu alors que la famille campait. Sa mère avait été accusée d'assassinat. Pour sa défense elle soutenait que les dingos avaient emporté son enfant. Et personne ne l'avait crue. L'affaire est devenu un film avec Meryl Streep. En temps normal les dingos ne présentent aucun danger. Hormis sur Fraser où ils seraient devenus plus agressifs aux contacts des hommes qui les ont trop souvent nourris. Du coup certains sites comme le camping où nous avons dormi ressemblent avec ses grilles et ses portails à un camp de soldats occidentaux en Afghanistan...

Après avoir fait le détour pour jeter un oeil sur la côte ouest et découvrir des baleines à bosses que nous n'avons pas vues mais où nous avons trouvé une bande de copains kayakistes partis pour un raid de plusieurs jours nous avons traversé à nouveau l'île pour rejoindre sa plage mythique de la côte est. La marée était descendante et ce fut un pur bonheur de rouler sur le sable dur. Comme si je me retrouvais sur le lac Rose lors d'une des premières éditions du Dakar, à l'époque où ce n'était pas ringard de rejoindre Paris et la capitale sénégalaise en 500XT préparée.

La conduite n'est pas de tout repos pour autant. Cette île est parcourue de nombreux cours d'eau qui entaillent le sable de la plage à marée basse. On appelle ça un "washout". Et cela peut se transformer en une marche de près d'un mètre de haut. Tremplin garanti. J'ai entendu parler d'un Toyota Troopy qui a fait un joli bond d'une dizaine de mètres... sans trop de casse. Hormis ces pièges, cette plage a aussi ses propres monuments parmi eux l'épave du Mahéno. Il s'agit d'un paquebot qui était promis à la casse. Dans les années 30, alors qu'il était en remorque jusqu'au Japon (lequel, en train de préparer la guerre, récupérait une maximum de féraille) la navire se trouve en pleine tempête. Remorque brisée, il dérive vers l'île et s'échoue sur le sable. Il y est toujours. Enfin ce qu'il en reste. Il n'empèche, sous ce soleil couchant les tôles rouillées révèlent une partie de leur mystère. L'île doit son nom à une autre épave ou plutôt au capitaine d'une autre épave, M. Fraser. Son navire s'était échoué au nord de l'île. Il rejoint avec son équipage, et sa femme qui voyage avec lui, cette île qu'on appelle encore l'Ile de Sable. Ensuite les versions divergent. Pour les uns ils auraient été capturés et réduits à l'état d'esclaves par les aborigènes, pour les autres ils auraient été aidés par ces mêmes aborigènes. Toujours est-il que le capitaine en question moura et que sa femme sera récupérée par une expédition de sauvetage de l'équipage.

Le soir nous campons dans un de ces camps fortifiés gérés par le parc national. Nous y retrouverons par hasard Geoff et Edwige rencontrés quelques semaines plus tôt à Cairns. Le lendemain matin on essaye de ne pas trop traîner pour se mettre en route. Toujours pour une question de marée. Nous voulons aller au nord de l'île, voir des piscines naturelles dans le rocher. L'eau est encore basse. La piste sur le sable dur a des allures de tarmac d'aéroport international. La mer est toujours autant secouée. Il fait un beau. Le diesel du land rover ronronne. Le bonheur est là.

Le retour sera plus stressé. Nous avons prévu large mais il nous faudra bien cette marge supplémentaire. Déjà certaines vagues remontent très haut. Nous longeons des falaises d'ocres qui rappellent les couleurs très provençales de Rustrel ou de Roussillon...

A une quinzaine de minutes près nous rejoignons la route qui va nous permettre de traverser à nouveau l'île vers le ferry et surtout de découvrir les fameux lacs dunaires de Mac Enzie et Wabbie.

Fin de Fraser Island. Nous aurons parcouru 250 kilomètres de piste sur cette île. Je me prends à rêver d'autres routes, peut-être africaines. Je pense à Dominique Strazzaco qui parlait de la longue plage de Mauritanie près du Banc d'Arguin sur lequel s'était échoué la Méduse. D'autres voyages. Encore et toujours.

 

Philippe

Par Philippe, Agnès, Juliette et Louise
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